Diagnostics des TND : arrêtons le procès des « étiquettes »
Un enfant sans diagnostic n’est jamais un enfant sans étiquette
Un enfant dont le fonctionnement est atypique — attention, régulation émotionnelle, interactions sociales, rythme, sensorialité — sera soit repéré comme “différent”, soit passera sous les radars en développant une forte suradaptation.
C’est particulièrement fréquent chez les filles, chez qui les difficultés sont souvent invisibilisées au profit d’une adaptation coûteuse.
Dans les deux cas, la différence ne disparaît pas parce qu’on refuse de la nommer.
La différence ne disparaît pas parce qu’on refuse de la nommer.
Simplement, au lieu d’une étiquette explicative, il héritera d’étiquettes implicites, brutales et profondément destructrices :
fainéant
dans la lune
perturbateur
immature
bizarre
incapable
« il pourrait s’il faisait des efforts »
Ces mots-là s’installent très tôt.
À l’école.
Dans le regard des adultes.
Dans les remarques répétées.
Et surtout, dans la tête de l’enfant.
Ce que fait réellement un diagnostic (quand il est bien posé)
Un diagnostic de trouble du neurodéveloppement n’est pas une assignation identitaire.
Il ne dit pas :
« tu es ceci »
Il dit :
« voilà comment ton cerveau fonctionne »
Il permet de comprendre :
ce qui coûte plus d’efforts que pour les autres,
ce qui aide réellement,
ce qui doit être ajusté dans l’environnement,
ce qui n’a rien à voir avec de la mauvaise volonté.
Un diagnostic ne réduit pas un enfant.
Il déplace le regard : du jugement vers la compréhension.
Et surtout, il ouvre des possibilités concrètes :
adaptations scolaires,
stratégies éducatives cohérentes,
accompagnements ciblés,
soulagement parental,
reconnaissance officielle des besoins.
L’échec répété crée des dégâts bien plus graves qu’un mot posé
Forcer un enfant à s’adapter en permanence à un cadre inadapté ne le rend pas plus fort.
Cela le maintient en situation d’échec chronique.
À force :
il n’interroge plus le cadre,
il n’interroge plus les attentes,
il s’interroge sur lui-même.
Il finit par conclure :
« Si je n’y arrive pas là où les autres y arrivent, c’est que je suis nul. »
C’est là que se créent les failles narcissiques profondes :
perte d’estime de soi,
suradaptation ou opposition,
anxiété,
honte,
sentiment d’illégitimité.
Ces failles ne sont pas anodines.
Elles fragilisent toute la trajectoire de développement.
Le lien avec le harcèlement est évident (et trop souvent minimisé)
Un enfant non diagnostiqué, mais au fonctionnement atypique :
reste perçu comme différent,
sans pouvoir expliquer cette différence,
sans cadre pour la penser.
Les autres enfants, eux, repèrent très bien ce qui sort de la norme.
Et la différence non nommée devient une cible.
Pouvoir dire :
« Je fonctionne autrement »
c’est protecteur.
Ne pas pouvoir mettre de mots, c’est se vivre comme hors système, exclu, illégitime.
Ce n’est pas le diagnostic qui stigmatise.
C’est l’incompréhension.
Le paradoxe absurde du discours actuel
On accuse les diagnostics d’être posés trop facilement…
dans un pays où :
il faut parfois des années pour consulter un pédopsychiatre,
les CMP sont saturés,
les parcours sont interminables,
les familles s’épuisent,
et où l’accès au libéral dépend largement des moyens financiers.
Parler d’« inflation des diagnostics » dans ce contexte relève du déni de réalité.
Ce n’est pas qu’on diagnostique trop.
C’est qu’on diagnostique trop tard, trop difficilement, trop inégalement.
Et pour les adultes diagnostiqués tardivement ?
On parle souvent des enfants quand il est question de diagnostic.
Mais une grande partie des adultes aujourd’hui diagnostiqués tardivement ont été, eux aussi, des enfants sans diagnostic.
Des enfants qui ont grandi :
en se sentant « à côté »,
en fournissant plus d’efforts que les autres pour un résultat parfois moindre,
en compensant, en s’adaptant, en surjouant,
sans jamais comprendre pourquoi certaines choses leur coûtaient autant.
Pendant des années, l’absence de diagnostic n’a pas signifié l’absence d’étiquette.
Elle a simplement laissé la place à d’autres conclusions, souvent intériorisées :
je suis nul·le
je ne fais jamais assez bien
je triche, je fais semblant
si les autres y arrivent, c’est que le problème vient de moi
Beaucoup d’adultes diagnostiqués tardivement parlent d’un sentiment d’imposture chronique, d’une fatigue profonde liée à la suradaptation, et d’une impression de jouer un rôle en permanence.
Quand le diagnostic arrive à l’âge adulte, il ne fige pas l’identité.
Il provoque souvent autre chose :
un immense soulagement,
une relecture apaisée du passé,
la fin de certaines culpabilités injustes,
et parfois un deuil : celui de l’aide qui aurait pu exister plus tôt.
Mettre un mot tardivement ne réécrit pas l’enfance.
Mais cela permet enfin de se réconcilier avec son fonctionnement, de comprendre ses limites réelles, et de cesser de se juger à partir de normes inadaptées.
Là encore, le diagnostic n’enferme pas.
Il répare.
Ce que protège réellement l’absence de diagnostic
Refuser de nommer les choses ne protège ni l’enfant, ni la famille.
Cela protège surtout :
des cadres théoriques rigides,
une inertie institutionnelle,
un système qui préfère douter des familles que se remettre en question.
Pendant ce temps, l’enfant, lui, avance.
Sans aide.
Sans compréhension.
Avec le sentiment d’être le problème.
Nommer, ce n’est pas enfermer. C’est ouvrir.
Un diagnostic bien posé ne ferme pas un avenir.
Il en empêche un autre :
celui de l’échec perpétuel, de la honte intériorisée, de l’exclusion silencieuse.
Les vraies étiquettes destructrices ne sont pas celles qui expliquent.
Ce sont celles qui humilient en silence.
Donner des mots à un fonctionnement, ce n’est pas réduire un enfant.
C’est lui rendre sa dignité, ses chances, et la possibilité de faire avec ce qu’il est, plutôt que contre lui-même.
Si tu es parent et que ces questions te traversent, sache que douter, hésiter, chercher à comprendre est déjà une démarche profondément protectrice.
RESSOURCES
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